29/06/2012

13:1 - La bête et le faux prophète


 

La bête et le faux prophète – 13:1-18
 
Après ce regard porté sur les cieux ouverts, et l’arche de l’alliance qui réapparut, le voyant se tient "sur le sable de la mer", la plage d’où il considère l’immensité des eaux, la mer des peuples. Une "bête effrayante" va surgir devant lui, tandis qu’une autre montera de la terre, "parlant comme un dragon." Un tableau saisissant de ce que l’humanité manifestera de plus fort à la "consommation du siècle" (Matthieu 24 :3). Que sont ces bêtes ? Des explications seront données plus loin dans le livre (17:1-8), mais, pour la compréhension des événements qui doivent venir sur le monde, savoir les Sept Coupes de jugement, ce qui est donné ici est suffisant.

 
Une bête montant de la mer – 13:1-10

Le "dragon" précipité du ciel, expression du mal répandu sur la terre, donne sa puissance à une "bête" effrayante, un être bien vivant, mais sans aucune référence à Celui qui donne le vie ! "Sept têtes et dix cornes" pour le dragon, "Dix cornes et sept têtes" pour la bête ! La relation est étroite entre ces deux figures. Le  mal sur la terre est puissant, mais avant tout il séduit, œuvre de l’esprit illustrée par les sept têtes citées en premier pour le dragon ; tandis que les cornes sont citées en premier pour la "bête", car il s’agira d’une puissance temporelle qui sera admirée par de grandes foules (13:2). Quelle est cette puissance qui émergera ainsi et assoira son autorité maléfique sur les peuples ?

13  1 Alors je me tins sur le sable de la mer et je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes ; sur ses cornes il y avait dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème. 2 La bête que je vis était semblable à un léopard, ses pattes comme celles d'un ours et sa bouche comme la bouche d'un lion. Le dragon lui donna sa puissance, son trône et un grand pouvoir. 3 Et je vis l'une de ses têtes comme frappée à mort, mais sa blessure avait été guérie.
 
   Tout la terre était dans l'admiration de la bête.
4 On rendit hommage au dragon parce qu'il avait donné le pouvoir à la bête, et on rendit hommage à la bête en disant : Qui est semblable à la bête et qui peut lui faire la guerre ?
 
5 Il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes et elle reçut le pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois. 6 Et elle ouvrit la bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour calomnier son nom, sa demeure et ceux qui ont leur demeure au ciel.

Nous nous trouvons directement en phase avec une prophétie du Livre de Daniel (Daniel 7:3-8). Il s’y trouve la vision de quatre bêtes, des puissances impériales successives, telles que vues aussi dans la "Statue aux pieds d’argile" (Daniel 2:31-35). Nous constatons ici que les caractères de la puissance de la "bête" rassemblent les attributs des trois premiers empires : lion, ours et léopard (13:2, Daniel 7:4,5,6). Mais, dira-t-on, ces quatre empires sont passés maintenant, même que la vision eût lieu dans le cours du quatrième d’entre eux ! Objection rejetée, répondra-t-on, car il s’agit ici explicitement d’une forme de restauration ; "frappé à mort", certes, mais "la blessure avait été guérie" (13:3). Soulignons qu’il s’agit ici de filiation morale, de l’esprit qui se manifestera… Tous les habitants de la terre lui rendent hommage… Et cela peut se comprendre, au vu de l’autorité retrouvée après le désordre dans lequel se trouvait le monde lorsque le Sixième Sceau fut ouvert : "le soleil devint noir comme un sac de crin, la lune devint tout entière comme du sang, et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre…"  (6:12-13).

7 Il lui fut donné de faire la guerre aux saints et de les vaincre. Le pouvoir lui fut donné sur toute tribu, peuple, langue et nation ; 8 tous les habitants de la terre, ceux dont le nom n'a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l'Agneau immolé, lui rendront hommage.
 
9 Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende ! 10 Si quelqu'un mène en captivité, il ira en captivité ; si quelqu'un tue avec l'épée, il faut qu'il soit tué par l'épée. C'est ici la persévérance et la foi des saints.

Cette bête prononce des paroles arrogantes et des blasphèmes, de grandes choses est-il écrit (13:5, Daniel 7:8,20). Et elle "fit la guerre contre les saints, et prévalut contre eux" (Daniel 7:21), à ceux donc qui sont moralement séparés de cette puissance qui les poursuivra, faute de pouvoir faire la guerre à Dieu lui-même. Ceci fournit un éclairage complémentaire à ce que nous avions lu plus tôt à propos des martyrs de cette période vus devant le trône de Dieu : "Ceux-ci, vêtus de longues robes blanches, qui sont-ils et d'où viennent-ils ? … Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation. Ils ont lavé leur robe, ils l’ont blanchie dans le sang de l'Agneau" (7:13-14).
 
"Si quelqu'un a des oreilles !" Un avertissement, autre que ceux aux assemblées d’Asie, mais introduit de la même manière (2:7…). Pour les hommes, alors, il n’y aura qu’un chemin, écouter la parole, la recevoir en vérité, et attendre la fin de cette période effroyable, dans la confiance que ce temps d’épreuve est mesuré, un délai est fixé. "Il y aura une grande tribulation, telle qu'il n'y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu'à maintenant, et qu'il n'y en aura jamais. Et si ces jours-là n'eussent été abrégés, nulle chair n'eût été sauvée ; mais, à cause des élus, ces jours-là seront abrégés." (Matthieu 24:21-22).

 
La bête qui parle comme un dragon – 13:11-18

L’apparence d’un agneau, un langage de dragon... Toute l’apparence d’un faux-prophète se faisant passer pour le Messie, l’Agneau de Dieu (Matthieu 7:15,22, 24:11,24) ! Un humain qui développe de façon éhontée le culte de la personnalité, comme l’histoire en a montré en diverses occasions, pour que soient adulés comme des dieux les tyrans de tous bords ; des êtres qui ont généré à leur égard une dévotion quasi religieuse, alors qu’ils incarnèrent des projets politiques odieux.
 
Quel est-il, ce faux-prophète qui monte de la terre (16:13, 19:20, 20:10) ? Et de quelle terre est-il ici question ? Est-ce la terre d’Israël ou plus directement l’empire établi par la première bête qui a donné une nouvelle stabilité au monde après les désordres illustrés par la  mer d’où elle a émergé, image du monde qui était devenu ingouvernable (6:12-13) ? Et que peuvent être ces prodiges qu’elle manifeste ? Elle imite manifestement les prodiges des Deux Témoins nantis de la puissance d’Elie (11:5, 1 Rois 18:38 ; 2 Rois 1:10).

11 Alors je vis monter de la terre une autre bête. Elle avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et elle parlait comme un dragon. 12 Elle exerce tout le pouvoir de la première bête devant elle et elle fait que la terre et ses habitants rendent hommage à la première bête dont la blessure avait été guérie. 13 Elle produit de grands miracles, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre à la vue des hommes. 14 Elle égare les habitants de la terre par les miracles qu'il lui fut donné de produire devant la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui a été blessée par l'épée et qui a repris vie.

L’hommage à rendre à la Première Bête ! Nous retrouvons la statue d’or de Nabuchodonosor, et la menace pesant sur quiconque ne se prosternerait pas devant elle (Daniel 3:1-7). Mais Jean connaît combien le culte de l’empereur est suivi dans tout l’Empire… Ici, les manifestations sont plus impressionnantes : la statue est animée, et même elle parle.

15 Il lui fut donné d’animer l'image de la bête de telle sorte que l'image de la bête parle ; et tous ceux qui ne se prosterneraient pas devant l'image de la bête devaient être mis à mort.

Les croyants savaient que des prophètes se manifesteraient "en habits de brebis" (Matthieu 7:15), et ils furent nombreux depuis cette parole et encore de nos jours, mais ici il s’agit d’une personne particulière qui dépassera les succès des faux-prophètes qui l’auront précédé, et cela aussi est connu des disciples. Jean n’écrivait-il pas : "Mes enfants, c'est la dernière heure; vous avez entendu dire qu'un antichrist vient… Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Le voilà, l'antichrist, celui qui renie le Père et le Fils." (1 Jean 2:18,22). Ils ont lu cette lettre de Paul, où il leur parle de "l’homme sans-lois, le fils de perdition, qui s’élève au-dessus de tout ce qui est appelé dieu, de tout ce qu’on vénère et qui va jusqu’à s’asseoir dans le sanctuaire de Dieu et à se présenter lui-même comme étant Dieu… l’homme sans-lois que le seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, qu’il réduira à rien par l'apparition de sa présence, l'inique dont la présence reflétera l’opération de l’adversaire en toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et en toutes tromperies d’injustice pour ceux qui vont à leur perte, parce qu’ils n’ont pas accepté l’amour de la vérité pour être sauvés" (2 Thessaloniciens 2:3,8-10).

Que sera ce  sanctuaire  au temps de l’apostasie lors de la consommation du siècle ? Lorsque Paul écrivait, le temple à Jérusalem existait encore, certes, mais non plus lors de la vision de Jean. Sera-t-il dès lors reconstruit ? Quelques commentateurs le pensent, mais non pas tous. La question est assez déterminante pour la compréhension de cette page du livre, car la pensée d’un faux-prophète à Jérusalem pourrait conduire à restreindre son champ d’action à la nation juive, tandis que de considérer le sanctuaire de Dieu au sens plus général soulignerait l’idée d’un assujettissement du monde entier. Il s’agit de comprendre aussi ce qu’est la terre d’où le faux-prophète monte : l’empire restauré sous la houlette de la première bête ou la terre d’Israël vue ici en contraste avec  la mer des peuples.
 
Lisant Zacharie, nous comprenons qu’un état juif existera bien à la fin, et se placera sans réserve (Esaïe 57:1-13) sous la férule d’un mauvais berger : "Car voici, je suscite un berger dans le pays, qui ne visitera pas ce qui va périr, qui ne cherchera pas ce qui est dispersé, qui ne pansera pas ce qui est blessé, et ne nourrira pas ce qui est en bon état ; mais il mangera la chair de ce qui est gras, et rompra la corne de leurs pieds. Malheur au pasteur de néant qui abandonne le troupeau ! L'épée tombera sur son bras et sur son œil droit. Son bras sera entièrement desséché, et son œil droit sera entièrement obscurci."  (Zacharie 11:16-17).

L’humanité aura vu, alors, les Deux Témoins, et pourra assurément comprendre ce qui arrive, à savoir la parole du "faux-prophète", un homme qui sera réputé providentiel, et la reprise en main politique par la "bête" qui reproduira, en quelque sorte, la "Pax Romana" après des temps de bouleversement pour un monde ingouvernable,
 
En ce temps, l’assujettissement économique sera absolu. Une marque sur la main droite ou sur le front, les uns se soumettant, sans plus, tandis que d’autres adhéreront en pensée à ce courant ; l’antithèse de ceux qui ont "le nom de l’Agneau et de son Père écrits sur le front" (14:1), ce signe d’une relation vraie avec Dieu, comme il en fut du "tau" marquant les fidèles avant la destruction de Jérusalem (Ezéchiel 9:4). Il faudra alors une détermination exceptionnelle, une foi inébranlable, pour ne pas se soumettre, car la refuser, ce sera s’exclure des circuits commerciaux…

16 Elle fait qu'on impose à tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, une marque sur la main droite ou sur le front, 17 et que personne ne puisse acheter ou vendre, à moins qu’il n’ait la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom.

Suit une énigme sur laquelle tant de personnes se sont interrogées, et qui en est venu à une quête mythique bien vaine aujourd’hui, car il sera évident alors…

18 Ici est la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête, car c'est un nombre d'homme ; son nombre est six cent soixante-six.

Ce nombre est  un nombre d’homme et, selon plusieurs, le nombre d’un homme, selon que l’on pouvait l’établir en comptabilisant les valeurs numériques de son nom. Le décodage de cette énigme a généré une bonne centaine de solutions…

Parmi les commentateurs sérieux, plusieurs s’attachent au décompte des lettres grecques du mot "LATEINOS", d’autres pensent au décompte des lettres hébraïque de "ROMIITH",  Royaume romain, et encore, toujours suivant le décompte en hébreu de Néron César, "NRWN QSR". Le premier de ces trois décodages était notamment présenté par Irénée de Lyon, dans les dernières années du deuxième siècle de notre ère, et il faut comprendre que pour ce chrétien d’entre les nations, le décompte des lettres d’une appellation grecque ait été considéré. Les deux autres décodages tendent à mettre en avant la résurgence d’une entité juive en Judée, "à la consommation du siècle." Rappelons-nous que les Deux Témoins y opèrent un temps (11:1-13). La dernière, faisant mention de Néron décédé à l’époque de la vision de Jean, pourrait mettre en avant ce sinistre empereur comme la représentation la plus forte du cynisme de la "première bête", avec ceci en plus que la forme de son suicide, il s’est tranché la gorge le 9 juin 68, s’apparente avec ceci : "la bête qui a la plaie de l'épée et qui a repris vie" (13:14). Mais ce  nombre  peut revêtir une toute autre signification, et ceux qui traverseront ce temps d’épreuve, "la grande tribulation", ne s’y tromperont pas.

Mais il faut surtout ne pas perdre de vue ce que cela représentera comme difficulté pour les croyants qui auront à refuser cette marque, et à résister au "culte de la personnalité" induit par le faux-prophète, des pressions quasi idolâtres. Nous pouvons comprendre pourquoi la durée de cette période est si souvent rappelée, mille deux cent soixante jours, car la mention de ce délai pourra être un soutien pour les fidèles ; ils pourront décompter les jours… Mais combien sera-t-il difficile d’éviter qu’un doute s’insinue, et qu’un questionnement s’introduise : le temps mentionné est-il absolu ou symbolique ? Les fidèles seront confortés par le troisième volet de ce tryptique.

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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06:00 Écrit par Eric dans 13:01 La Bête et le faux prophète