21/07/2012

2:1 - Aux assemblées d'Asie (1)


 

AUX SEPT ASSEMBLEES D'ASIE
Apocalypse 2:1-3:22

Sept lettres adressées, chacune à "l’ange d’une assemblée", un homme de confiance donc ou même plusieurs qui exercent une certaine autorité en accomplissant un réel service de la part du Seigneur dans leur propre localité, des "messagers du Seigneur." Ce sont des réelles communautés chrétiennes dont il est parlé, des hommes et des femmes qui se réclamaient de Jésus Christ dans chacune de ces localités. Quelle que soit la solidité des liens qui unissaient ces croyants, chacune de ces sept assemblées portait un témoignage, étant le "porte-lampes" appelé à porter la lumière du Christ dans sa propre localité. La question se pose alors de l’éclat de cette lumière, et avant tout, la question de savoir si elle se trouve sur le pied de lampe ou sous le boisseau (Matthieu 5:15) ?
 
Ces chrétiens devront donc entendre le message, toujours encourageant mais quelques fois sévère et leur faisant baisser la tête… Pensons à la réception de telles lettres, aux avertissements graves dans plusieurs cas, et posons-nous la question de la lettre que nous recevrions nous-mêmes aujourd’hui…
 
Les sept lettres ont la même structure. L’adresse d’abord, dans laquelle un trait remarqué de la vision du Fils de l’homme est souligné (1:12-16), étant approprié à l’état particulier de l’assemblée, ensuite le regard porté sur l’assemblée, et enfin les exhortations appropriées. L’adresse conduit à l’annonce de la bénédiction, présentée dans des termes qui répondent aux combats à mener ; une promesse qui n’est jamais collective, mais toujours personnelle, car le combat à mener est toujours individuel, et chacun peut entendre, et encore aujourd’hui, "A celui qui vaincra !" 
 
Des lettres concises et incisives, "car la parole de Dieu est vivante et opérante, et plus pénétrante qu'aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur" (Hébreux 4:12).

 
A l'ange de l'assemblée à Ephèse – 2:1-7
 
Le rassemblement à Ephèse est bien connu. Quarante années plus tôt, des amis de Paul, Aquilas et Priscilla, réunirent chez eux les personnes qui se sont tournées vers le Christ (1 Corinthiens 16:19), et, peu après, Paul demeura parmi ces croyants trois années durant (Actes 18:19-19:41). De retour de Grèce, il leur fit ses adieux, alors qu’il passait près de chez eux, s’en allant à Jérusalem où il fut emprisonné, ce fut l’entrevue poignante avec les anciens au port de Milet, près d’Ephèse (Actes 20). Un moment fort émouvant, un discours important, notamment par les avertissements que Paul leur adressa : "Moi je sais qu'après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n'épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d'entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux. C'est pourquoi veillez, vous souvenant que, durant trois ans, je n'ai cessé nuit et jour d'avertir chacun de vous avec larmes." (Actes 20:31). Et trois ou quatre ans plus tard encore, de sa résidence forcée à Rome, attendant son procès, Paul leur adressa une épître où l’on ne trouve aucune trace de répréhension, tant les échos qu’il recevait d’Ephèse étaient encourageants.
 
Les années ont passé, et il semble bien que les chrétiens à Ephèse poursuivent dans la fidélité et l’attachement à l’enseignement des apôtres : ils n’ont pas oublié les paroles de Paul à Milet, veillant à ne pas laisser faire ceux parmi eux qui auraient voulu introduire des doctrines douteuses, ces loups redoutables annoncés. Mais ils doivent veiller, car un danger les guette, et il est bon qu’ils demeurent dans le chemin de bonheur qu’ils connaissent…

2  1 À l'ange de l'assemblée qui est à Éphèse, écris : Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa droite, qui marche au milieu des sept porte-lampes d'or.
 
2 Je connais tes œuvres, ton travail et ta persévérance, et que tu ne peux supporter les méchants. Tu as mis à l’épreuve ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs. 3 Tu as de la persévérance, tu as supporté des afflictions pour mon nom et tu ne t'es pas lassé. 4 Mais j'ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour. 5 Souviens-toi donc d'où tu es tombé, repens-toi et reviens à tes premières œuvres ; sinon, si tu ne te repens pas, je viendrai à toi et j'ôterai ta lampe de son lieu. 6 Cependant, tu as ceci pour toi : tu détestes les œuvres des Nicolaïtes, œuvres que moi-même je détestes.

Le chemin de la foi est parcouru dans la fidélité – œuvres, travail, persévérance – mais non comme aux commencements, quand il était parlé "d’œuvre de foi, de travail d'amour et de persévérance d'espérance" (1 Thessaloniciens 1:3). Le premier amour n’est plus, même si les avertissements de Paul, touchant l’introduction de doctrines perverses (Actes 20:31), a tenu les croyants d’Ephèse en éveil ; nous voyons qu’ils les rejetaient fermement. Quelle était cette doctrine des Nicolaïtes qui avait séduit des croyants à Pergame (2:15) ? Un croyant digne de confiance en parla clairement ; il s’agit d’Irénée (130-205), ancien ou surveillant ("episkopos", cf. Tite 1:7) de l’assemblée à Lyon, capitale des Gaules ; un témoin de premier plan, car il venait de Smyrne où il fut disciple de Polycarpe de Smyrne (env.80-env.160). Il donne ce courant réprouvé comme étant une dérive grave au plan de la morale dans les relations entre hommes et femmes.
 
Pour ces croyants d’Ephèse, rien que des appréciations positives donc mais un danger les guette, car ils ont perdu le moteur essentiel de la vie de foi, "le premier amour", celui qui pourrait être résumé par cette parole de Jean : "Nous, nous l'aimons parce que lui nous a aimés le premier" (1 Jean 4:19). Aussi y a-t-il un combat à mener, à mener personnellement par chacun, dans le fond de son être, pour mesurer le privilège de la grâce. Pour revenir ainsi à l’attachement au Seigneur qui caractérisa leurs aînés, et dont le témoignage était rendu par la lettre qui leur fut destinée trente-cinq ans plus tôt, lorsque Paul était prisonnier à Rome : vous êtes "bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ" (Ephésiens 1:3). N’est-ce pas le désir du Fils de l’homme, que les croyants goûtent en vérité cette bénédiction qu’Il leur donne ? Et Il est toujours là pour leur dire : "Je donnerai…"  

7 Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux assemblées. À celui qui vaincra, je lui donnerai de manger de l'arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu.

"Manger de l’arbre de vie !" De cet arbre qui donne son fruit chaque mois (22:2) et qui se trouve dans le paradis de Dieu, autrement dit le "jardin clos" du Seigneur.
Littéralement, le mot "paradis", venant du sanskrit – langue indo-européenne autrefois parlée dans le sous-continent indien – signifiait un "jardin clos"  attaché à une maison de notable – par exemple la maison du roi – planté pour l’ornementation ou l’usage, un verger. Le mot hébreu par_das qui a cette même signification dérive de la racine prd signifiant "séparé". Le terme est utilisé dans trois acceptions bien différentes dans la bible hébraïque (Cantique 4:13, Ecclésiaste 2:5 et Néhémie 2:8).

L’arbre de vie est de fait l’arbre qui apporte la vie, "ce qui est vraiment la vie" (1 Timothée 6:19), cette vraie vie que le Seigneur a voulu pour tous, et dont il a parlé disant à propos de ses brebis "je suis venu afin qu'elles aient la vie, et qu'elles l'aient en abondance" (Jean 10:10). Ainsi, la mention de "l’arbre de vie"  était bien compréhensible par l’auditoire, et même bien avant la pleine révélation de la vérité par Jésus Christ (Jean 1:17), des sages d’Israël avaient bien compris cette figure. Elle évoquait pour eux les dispositions de cœur qui rendent heureux, qui donnent un réel sens à la vie, un sens qui répond au vœu du Créateur. Un sage a écrit "Heureux l'homme qui trouve la sagesse et l'homme qui obtient l'intelligence… Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent ; et qui la tient ferme est rendu bienheureux  et encore  Le fruit du juste est un arbre de vie, et le sage gagne les âmes"  (Proverbes 3:13-18, 11:30).
 
De telles dispositions dans la vie d’un croyant aujourd’hui font rayonner une lumière irrésistible ; c’est le fait d’un chrétien qui se nourrit des fruits produits dans le  jardin clos  de Dieu, parce qu’ils répondent à la connaissance qu’il a de la nouvelle vie qui lui est donnée gratuitement, parce qu’il "mange de l'arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu."  Jésus n’a-t-il pas dit : "Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; et celui qui croit en moi n’aura jamais soif."  (Jean 6:35). Des fruits à goûter qui viennent du " jardin clos" de notre Dieu, et qui sont dispensés à ceux auxquels Il les destine… Ceci ne conduirait-il pas à revenir au premier amour ? A méditer…

 
A l'ange de l'assemblée à Smyrne – 2:8-11
 
Smyrne, une ville portuaire prospère, à soixante-dix kilomètres au nord d’Ephèse ; il s’agit de la ville actuelle d’Izmir.
 
"Sois fidèle jusqu'à la mort." La perspective est tragique, la vie même de ces croyants est en danger ! Le climat d’insécurité fut le lot des chrétiens dès le commencement, et ces mêmes dangers les guettent en ces années, semblable à ce qu’il en fut à Thessalonique (Actes 17:5-6) ou encore à Ephèse lorsque Paul s’y trouvait encore (Actes 19 :23-41). Sans oublier la haine déployée contre Paul lui-même à Jérusalem (Actes 21:27-36). Pensons au dépit que sa conversion engendra lorsque Saul de Tarse, un juif parmi les plus érudits, s’est tourné vers Jésus ! Ces manifestations de haine, et la persécution, ont été le fait tant de quelques juifs que de Grecs. Les premiers, ulcérés par cette nouvelle voie (Actes 9:2), d’autant plus qu’elle était ouverte aux nations (Actes 13:45) ; et les seconds, jaloux de leur propre religion et la crainte que la désaffection des cultes d’idoles n’entame le profit qu’ils y trouvaient, comme il en fut de Démétrius à Ephèse (Actes 19:27). Il s’ajouta, pour les gouvernants, la crainte d’une rupture de l’ordre social dans le fait de ne pas sacrifier aux idoles un geste qui assurait la cohésion de la population. Et il en résulta parfois que les croyants, se tenant à part, soient les boucs émissaires lorsque des malheurs s’abattaient sur la ville, la province ou l’empire. Pensons à l’incendie de Rome au cours du règne de Néron…
 
En fait, l’histoire nous montre plutôt des persécutions locales, comme nous le lisons de Pergame où Antipas connût le martyre (2:13), et c’est ce qui apparaît en premier dans la lecture de ces lettres aux sept assemblées d’Asie. Le petit rassemblement de chrétiens à Smyrne allait traverser une période éprouvante, et même plusieurs d’entre eux allaient connaître le martyre, ce qui n’est pas dit des autres localités citées.
 
Le Fils de l’homme met ici en exergue la part qui fut la sienne à la Croix, conduisant à considérer la "seconde mort" (2:11) sur laquelle les ennemis n’ont pas prise, ainsi qu’en avait parlé le Seigneur lui-même : "Mais je vous dis à vous, mes amis : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus" (Luc 12:4).

8 À l'ange de l'assemblée qui est à Smyrne, écris : Voici ce que dit le premier et le dernier, celui qui a été mort et qui a repris vie.
 
9 Je connais ta détresse et ta pauvreté – pourtant tu es riche – et les calomnies de ceux qui se disent juifs et ne le sont pas : ils sont la synagogue du satan. 10 N’aies aucune crainte de ce que tu vas souffrir. Le diable va jeter quelques-uns d'entre vous en prison et vous serez mis à l’épreuve ; vous connaîtrez la détresse pendant dix jours. Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de vie.

Déjà les chrétiens de Smyrne connaissaient la détresse et la pauvreté, et nous pouvons penser qu’ils subissaient des pressions, et même que leurs biens leurs auraient été dérobés par une population qui les rejetait. Cette pression va s’aggraver et même plusieurs perdront la vie…
 
La pression vient ici de quelques juifs de la localité. La parole dite à leur propos ne manque pas d’interpeller ; ils fréquentent la synagogue, mais il est dit de celle-ci qu’elle est "la synagogue du satan". Soulignons que ceci n’est pas dit de toutes les synagogues, mais de celle de Smyrne à cette époque. Cette appellation sévère souligne que les membres de la synagogue étaient attachés à leurs pensées d’hommes plutôt qu’à la Parole de Dieu et à la Loi.
Nous comprendrons le sens de cette parole en examinant ce que Jésus dit une fois à Pierre : "Va arrière de moi, satan, car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes" (Marc 8:33), désignant de "satan" le pauvre Pierre qui s’était laissé remplir de pensées humaines, car il n’avait pas encore perçu combien il était inévitable que le Seigneur connaisse la souffrance et de la mort (Marc 8:31). Peu de temps avant, Jésus avait aussi dit à quelques Pharisiens qui relisaient la Loi et y ajoutaient des commandements à leur convenance : "vous annulez le commandement de Dieu afin de garder votre tradition" (Marc 7:9). Telle est la situation d’hommes, fussent-ils de la synagogue, qui, se réclamant de Dieu, avaient le cœur attaché à leurs propres traditions, des pensées d’homme, et non à la parole de Dieu. Ainsi ces paroles sont prononcées : ils sont la "synagogue du satan", le rassemblement de personnes qui sous le couvert de l’attachement à Dieu n’étaient attachées qu’à leurs propres traditions.
 
Remarquons que cela concerne ici les juifs de Smyrne, et non tous les juifs, car nous pouvons lire cette parole, sous la plume de Paul "Car je leur rends témoignage qu'ils ont du zèle pour Dieu, mais non selon la connaissance" (Romains 10:2), et aussi ce témoignage de Luc à propos des juifs de la ville de Bérée : "Or ceux-ci étaient plus nobles que ceux de Thessalonique ; et ils reçurent la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les écritures pour voir si les choses étaient ainsi" (Actes 17:11).

Plusieurs seront jetés en prison ! Un acte aussi odieux est commis par des hommes pratiquant l’injustice, conduits par leurs pulsions les plus outrageuses. Alors, à ces chrétiens de Smyrne, confrontés à ce temps d’épreuve, il leur est dit que ceux qui seront fidèles jusqu’à la mort auront "la couronne de vie." Un écho à d’autres paroles : "la couronne de vie promise à ceux qui l’aiment" (Jacques 1:12), une couronne incorruptible (1 Corinthiens 9:25), la couronne de victoire (2 Timothée 2:5), de justice (2 Timothée 4:8), de gloire (1 Pierre 5:4)… Paul nous explique ce qu’est cette couronne : "Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire" (Colossiens 3:4).
 
Devant la persécution, le combat est personnel. Chacun se trouve face à ses accusateurs, ceux qui exigent l’abjuration de la foi.

11 Que celui qui a des oreilles écoute ce que l'Esprit dit aux assemblées. Celui qui vaincra n’a rien à craindre de la seconde mort.

Mais le temps si éprouvant a une limite. Le combat sera très rude, mais ils sont avertis qu’il y a une fin à cette persécution, car le temps est compté : dix jours, précis ou symbolique, mais en tous cas une période limitée. Ils auront à pleurer des morts, mais ils auront une consolation dans la conscience de la paix dans laquelle reposeront les martyrs. Ils n’ont pas à craindre la seconde mort, l’éloignement éternel, la privation définitive de la présence de Dieu (20:14, 21:8).
Un demi-siècle plus tard, une nouvelle persécution touchera de plein fouet la communauté de Smyrne. L’empereur et philosophe Marc Aurèle (161-180) ne supportait pas ce qu’il appelait le fanatisme des chrétiens , et il poussa à les persécuter, jugeant qu'ils étaient une menace pour la cohésion de l'Empire, du fait notamment de ne pas brûler de l'encens devant les statues de l'empereur et de ne pas invoquer ses dieux. S’il n’y eût pas de persécution systématique, des autorités locales sévirent contre des personnes dénoncées par la population, jusqu’à en mettre à mort. Ainsi en fut-il de Polycarpe de Smyrne (env.80 à env.160) ; il fut brûlé vif à un âge très avancé, vers l’an 155 ou 167. Il avait été un des anciens ou surveillants pendant de longues années.

 
A l'ange de l'assemblée à Pergame – 2:12-17
 
Pergame, aujourd’hui appelée Bergama, est à quatre-vingts kilomètres au nord de Smyrne et vingt-cinq kilomètres de la mer Egée. Une métropole régionale prospère de la province romaine d’Asie, dotée d’une bibliothèque de deux cent mille livres qui rivalise avec celle d’Alexandrie, mais aussi un grand centre de cultes idolâtres. Et une ville dont il est écrit que « le satan y habite", tellement y étaient importantes les pratiques opposées à la justice et l’éthique. Notons que cette appréciation touchant Pergame n’est pas le fait des autres localités citées ; nous pouvons bien comprendre que le climat social et politique n’est pas le même partout en ce monde, et aussi réaliser combien difficile devait être la vie de ces chrétiens de Pergame ; plus que d’autres sans doute, ils ressentaient la force de cette parole de Pierre : "Mais, selon sa promesse, nous attendons de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habite" (2 Pierre 3:13). Pensons aux croyants qui en divers pays connaissent une persécution du même ordre…
 
Aussi, la première parole est un mot de compréhension, "je sais où tu habites…" Autrement dit : je connais tes difficultés. Le Fils de l’homme attestant par ces mots combien il voit les souffrances infligées, mais aussi la fermeté de ces chrétiens qui n’ont pas renié la foi, et cela même lorsqu’un des leurs a été mis à mort. D’Antipas lui-même, l’histoire n’a rien retenu, mais nous savons que des notables locaux, désireux de plaire à l’empereur, recevaient volontiers des dénonciations de citoyens concernant des chrétiens, et les prisonniers étaient pressés d’abjurer leur foi… La pression était d’autant plus forte à Pergame, ville vouée d’une manière particulière à tous les cultes idolâtres de Rome, à commencer par celui de l’empereur.

12 À l'ange de l'assemblée qui est à Pergame, écris : Voici ce que dit celui qui a l'épée acérée à deux tranchants.
 
13 Je sais où tu habites, là où est le trône du satan. Tu tiens ferme mon nom et tu n'as pas renié ma foi, même aux jours où Antipas, mon fidèle témoin, a été mis à mort parmi vous, là où le satan habite.

Mais voici, le Fils de l’homme s’y présente en mettant en exergue un attribut bien évocateur ; il s’agit de "l’épée acérée à deux tranchants", cette épée dépeinte avec force en ces mots : "la parole de Dieu, vivante et opérante, plus pénétrante qu'aucune épée à deux tranchants, atteignant jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles ; elle discerne les pensées et les intentions du cœur" (Hébreux 4:12). Deux maux ont pénétré le milieu des croyants : des tenants de la doctrine de Balaam et des adeptes du Nicolaïsme. Ces maux sont si graves que l’avertissement est particulièrement sévère…

14 Mais j'ai contre toi quelques griefs. Tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam, lequel enseignait à Balac à jeter une pierre d'achoppement devant les fils d'Israël en les incitant à manger des viandes sacrifiées aux idoles et à se livrer à la prostitution. 15 De même, tu as aussi des gens qui sont attachés à la doctrine des Nicolaïtes.

Les pages du Livre de la Loi touchant Balaam sont remarquables (Nombres 22 à 24). Nous y voyons un mauvais prophète, Balaam, soudoyé par Balak, le roi de Moab, afin qu’il maudisse le peuple d’Israël au moment où, quittant le désert, Israël devait traverser le pays de Moab pour pénétrer en terre de Canaan. Le prophète fut empêché jusqu’à quatre fois, il ne put prononcer les paroles attendues, et alors, renvoyé par Balak, il s’en alla non sans avoir incité Balak à mettre une pierre d’achoppement devant Israël, et plusieurs Israélites tombèrent dans ce piège, s’adonnant à la licence morale et aux pratiques idolâtres (Nombres 25:1-3, 2 Pierre 2:15, Jude 11). Ici, à Pergame, cette dérive avait été élevée en doctrine, et cela malgré que Paul ait déjà dû écrire à ce propos (1 Corinthiens 5:9-11, 10:20-30). Le raisonnement était simple : les idoles ne sont rien, donc les repas au temple ne représentent rien et je puis, comme chrétien, y participer sans soucis… La réalité est qu’un culte idolâtre est une marque d’adhésion à ce qui gouverne le monde, dans l’ignorance de Dieu, et ainsi radicalement opposé à la foi. Y participer, c’est cautionner de telles pratiques, un contre-témoignage absolu.
 
Autre courant gravement déviant, celui des Nicolaïtes combattu fermement à Ephèse (2:6), mais érigé en doctrine par quelques uns, poussant ainsi des croyants à des pratiques honteuses dans les relations entre hommes et femmes. Un affront au Seigneur et à tous ceux qui chérissent la parole de Dieu et retiennent les pages magnifiques de Paul touchant le mariage (Ephésiens 5:22-33, 1 Corinthiens 7:1-5).
 
A l’ange de l’assemblée, il est dit : "Repens-toi ! Afin que je ne combatte pas contre eux." Et, en effet, le messager de Dieu dans l’assemblée était trouvé en défaut en laissant faire, et il devait réagir avec force. Certes, il ne faut pas minimiser la difficulté des conducteurs face à des courants déviants, que ce soient les pratiques des Nicolaïtes ou les compromissions dans des célébrations idolâtres, cette licence donnant prétexte même à affirmer faussement que leur démarche mettait les croyants à l’abri, vu les rapports entretenus avec la population non-chrétienne de la ville. Mais ils savent que, sur une telle pente, le désastre serait bien grand. Alors ces conducteurs sont appelés à changer de route afin que n’advienne pas cette souffrance pour les chrétiens qui proclament et pratiquent ces doctrines funestes, celle de Balaam comme celle des Nicolaïtes.

16 Repens-toi donc, sinon je viendrai à toi promptement et je combattrai contre eux par l'épée de ma bouche.

"Je combattrai…" Par une seule parole, le Fils de l’homme peut donner la vie ou prononcer le jugement (Esaïe 11:4, 49:2). Mais pour le fidèle, tenir ferme, garder la route face aux fausses doctrines qui se répandent, c’est déjà vaincre ; car lorsque les voies d’égarement se font doctrines, nul n’en peut juguler le cours sinon le Seigneur, mais le combat consiste à résister aux pressions de ceux qui les propagent pour ne pas être soi-même emporté. N’étaient-ils pas avertis déjà par Jean ? "N'aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde : si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui ; parce que tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, n'est pas du Père, mais est du monde…" (1 Jean 2:15-16).

17 Que celui qui a des oreilles écoute ce que l'Esprit dit aux assemblées ! À celui qui vaincra, je lui donnerai de la manne cachée, et un caillou blanc ; sur ce caillou sera écrit un nom nouveau que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit.

Le Seigneur saura faire entendre son approbation à qui demeure dans le chemin qu’Il a tracé, d’abord par cette révélation de lui-même au croyant qui le recherche, cette "manne cachée" nourrissant l’âme dans le secret (Jean 6:31-35), et ensuite par une marque d’approbation, le "caillou blanc."
Dans la Grèce antique, un tel caillou était donné au justiciable en signe d’acquittement, comme aussi au champion dans les stades, une image bien connue (1 Corinthiens 9:24, 2 Timothée 2:5). Un nom gravé sur un caillou blanc était aussi comme un carton d’invitation à un banquet, et nous pouvons penser ici au repas des noces de l’Agneau… "Heureux ceux qui sont invités au banquet des noces de l'Agneau" (Apocalypse 19:9).

Pourquoi, dirons-nous, un "nouveau nom" ? Pour un monarque, attribuer un nom à un de ses sujets, est le destiner à un service, une fonction, une position particulière ; il s’agit donc bien pour celui qui vainc de réaliser une relation particulière, un lien plus intime avec le Seigneur. Dans l’éternité, toutes choses seront dans la lumière, à la connaissance de tous, mais ici la manne, comme le nom nouveau, ne sont connus que de celui qui les reçoit, indiquant la part du racheté au cours de sa vie, la conscience intime de l’approbation du Seigneur, ainsi qu’il fut remarqué à propos d’Enoch : "car, avant son enlèvement, il a reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu" (Hébreux 11:5).

 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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06:00 Écrit par Eric dans 02:01 Aux Assemblées d'Asie (1)