09/07/2012

7:1 - Les 144 000 et les Martyrs


 

Avant l'ouverture du Septième Sceau
Apocalypse 7:1-17

"La colère de l’Agneau"  n’était pas encore, mais une crainte bien justifiée gagne les puissants de la terre. Quatre vents puissants, "aux quatre coins de la terre", sont prêts à fondre sur l’humanité. Et des anges les retiennent un temps.

7  1 Après cela, je vis quatre anges debout aux quatre coins de la terre. Ils retenaient les quatre vents de la terre, afin qu'aucun vent ne soufflât sur la terre, ni sur la mer, ni sur aucun arbre. 2 Et je vis un autre ange qui montait du levant, et qui tenait le sceau du Dieu vivant. Il criait à haute voix aux quatre anges auxquels il avait été donné de nuire à la terre et à la mer. 3 Il disait : Ne faites de mal ni à la terre, ni à la mer, ni aux arbres jusqu'à ce que nous ayons scellé au front les serviteurs de notre Dieu.

Ces vents seront violents, semblables à ce que nous lisons au livre de Daniel : "Je voyais dans ma vision de nuit, et voici, les quatre vents des cieux se déchaînèrent sur la grande mer" (Daniel 7:2). Ils sont retenus un temps pour que Jean puisse apprécier plus précisément de qui doit survenir. Avant qu’il ne soit emporté dans la vision de "la grande tribulation", il est placé devant deux tableaux, le premier évoquant la situation sur la terre, et le second dans le ciel. Après cette parenthèse viendra l’ouverture du Septième Sceau et le déploiement de la prise en main de l’humanité par Celui qui a reçu l’autorité et le jugement (Jean 5:22). Viendra alors le temps où l’espérance du psalmiste sera rencontrée, "le jugement retournera à la justice" (Psaume 94:15).

 
Les cent quarante-quatre mille - 7:4-8
 
Voici donc que réapparaissent les douze tribus d’Israël, la résurrection spirituelle évoquée par Ezéchiel, les ossements secs reprenant vie (Ezéchiel 37:1-14) et aussi l’entente nouvelle entre toutes les tribus: "Et toi, fils d'homme, prends un bois, et écris dessus : Pour Juda, et pour les fils d'Israël, ses compagnons. Et prends un autre bois, et écris dessus : Pour Joseph, le bois d'Éphraïm et de toute la maison d'Israël, ses compagnons. Et rapproche-les l'un de l'autre, pour qu'ils soient un seul bois, et ils ne seront qu'un dans ta main" (Ézéchiel 37:16-17).

4 Et j'entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués du sceau : cent quarante-quatre mille de toute tribu des fils d'Israël : 5 de la tribu de Juda, douze mille, de la tribu de Ruben, douze mille, de la tribu de Gad, douze mille, 6 de la tribu d'Aser, douze mille, de la tribu de Nephthali, douze mille, de la tribu de Manassé, douze mille, 7 de la tribu de Siméon, douze mille ; de la tribu de Lévi, douze mille, de la tribu d'Issachar, douze mille, 8 de la tribu de Zabulon, douze mille, de la tribu de Joseph, douze mille, de la tribu de Benjamin, douze mille.

Le nombre est symbolique, bien évidemment, exprimant tout à la fois "complétude" douze et le carré de douze, et "multitude", les milliers.
Deux questions se posent ici. La première concerne la mention des tribus  disparues, les dix tribus du royaume de Samarie envoyées en exil six siècles avant notre ère ; la seconde a trait à l’ordre de citation des tribus et à l’absence de la tribu de Dan.
 
Lors de l’envoi en exil des "dix tribus", nombre d’entre les habitants du royaume du Nord se réfugièrent en Judée et se trouvèrent ainsi "judéens", la racine des descendants de ces dix tribus. Notons comme exemple "Anne, une prophétesse, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser" (Luc 2:36) qui vit Jésus lors de sa présentation au Temple. En ce qui concerne la mention des tribus, nous voyons ici que Juda a la prééminence (Genèse 49:8-12), et que l’ensemble des tribus est encadré par Juda et Benjamin, ce qui pourrait illustrer la remarque ci-dessus touchant l’accueil de fidèles des dix tribus, venues se joindre au royaume de Juda par fidélité à l’Éternel dans les années qui suivirent le schisme. Par ailleurs, la tribu de Dan n’est pas citée, et sont mentionnés par contre Joseph et Manassé, alors que ce dernier était fils du premier. Dan a la triste image de représentant de l’apostasie (Genèse 49:17-18), ce qui pourrait être la raison, tandis que Joseph est noté pour Ephraïm (Genèse 48:5). Soulignant ici le lien avec le texte d’Ezéchiel, lequel cite : "Pour Joseph, le bois d'Éphraïm" (Ezéchiel 37:16). Ceci dit, lors de la vision d’Ezéchiel touchant la restauration du royaume de David, la tribu Dan a bien sa place, et est même citée en premier (Ezéchiel 48:1).

Un tel réveil spirituel des Israélites peut paraître étonnant à plusieurs, car dès le deuxième siècle, et surtout au quatrième, lorsque des notables de la chrétienté se trouvèrent associés au pouvoir séculier, la théologie de la substitution fut développée, jetant du discrédit sur les juifs, les accusant de déicide et prétendant que la chrétienté est le véritable Israël, prétendant par cela même à l’annulation des promesses rappelées par les prophètes.

Ces théologiens, et parmi eux Jean Chrysostome (env.349-407) et Augustin d’Hippone (354-430), déclaraient le peuple juif coupable collectivement de la mort de Jésus Christ, tenant ainsi pour rien la parole de pardon de Jésus à l’égard de tous ceux, Juifs et Romains, qui l’avaient mené à la croix : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font" (Luc 23:34). Ils établissaient ainsi théologie de la substitution, à savoir que le christianisme se serait substitué au judaïsme dans le dessein divin, et cela malgré le clair exposé de Paul (Romains 9 à 11). Ce furent les bases de l’antisémitisme chrétien. A la fin du vingtième siècle, suite aux horreurs de la shoah, une sourdine a été mise à cette doctrine aussi aberrante que dramatique ; un mouvement heureux initié par le pape Jean XXIII (Pape de 1958 à 1963), suite aux travaux de l’historien juif français Jules Isaac (1877-1963).

Au contraire, nous pouvons lire dans un enseignement clair touchant Israël : "Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu" (Hébreux 4:9). Lisons parmi d’autres passages : "Et le rédempteur viendra à Sion et vers ceux qui, en Jacob, reviennent de leur rébellion, dit l'Éternel." (Ésaïe 59:20-21, lire aussi Ezéchiel 37:1-28, Jérémie 31:31-32, Michée 5:7…).
 
Ces annonces ne sont pas oubliées soixante-dix ans après la croix, au tournant du siècle. Paul écrivait aux chrétiens de Rome : "Eux, de même, s'ils ne demeurent pas dans leur manque de foi, ils seront greffés; car Dieu a le pouvoir de les greffer à nouveau. […] et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu'il est écrit : Le libérateur viendra de Sion ; il détournera de Jacob l'impiété.  Et c'est là l'alliance de ma part pour eux, lorsque j'ôterai leurs péchés. […] Car les dons de la grâce et l'appel de Dieu sont irrévocables." (Romains 11:23-29). Le dessein de Dieu pour l’humanité tout entière, et la mission spéciale du peuple choisi sont ainsi conjugués, et Paul s’élève alors en une parole à la gloire de Dieu : "Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles ! […] Tout est de lui, par lui et pour lui ! A lui la gloire pour toujours ! Amen !" (Romains 11:33-35).
 
Un temps a été requis avant que ne soufflent les quatre vents des cieux, et nous avons vu le réveil spirituel au sein du "peuple choisi" (Deutéronome 7:6-7, Romains 11:28). En son sein se lèvent des serviteurs reprenant le flambeau de leurs pères, selon qu’il est dit du peuple qu’il a vocation d’être "le serviteur de l’Éternel" (Esaïe 41:8-9, 44:21). Nombre d’âmes "de toutes nations, tribus, peuples et langues" (7:9) saisiront le message de paix et s’attacheront au Seigneur Dieu en traversant la période d’épreuves de la terre, lorsque "cet évangile du royaume sera prêché dans la terre habitée tout entière, en témoignage à toutes les nations ; et alors viendra la fin" (Matthieu 24:14) ; ce qu’atteste la scène céleste présentant ceux qui auront connu le martyre au cours de la "grande tribulation" annoncée.

 
Les martyrs de toutes les nations - 7:9-12
 
Comme il était annoncé plus tôt, lorsque fut ouvert le sixième sceau (6:11), le nombre des martyrs sera alors complet, car ce tableau nous conduit au-delà de la "grande tribulation". Ceux-là ont tout perdu sur la terre, mais leur joie est grande. Revêtus de longues robes blanches et agitant des rameaux de palmiers (Jean 12:12-13) ils expriment avec cœur la louange à Celui qui leur acquit cette part bienheureuse. Une louange aussitôt reprise par les anges, les anciens et les quatre Vivants, comme lorsque l’Agneau prit en main le livre-rouleau (5:8-12).

9 Après ces choses, je vis une grande foule que personne ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de longues robes blanches et ayant des branches de palmiers à la main. 10 Ils criaient à haute voix : Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau.
 
11 Et tous les anges se tenaient autour du trône, des anciens et des quatre Vivants. Ils tombèrent face contre terre, et rendirent hommage à Dieu, 12 disant : Amen ! La bénédiction, et la gloire, et la sagesse, et l'action de grâces, et l'honneur, et la puissance, et la force, à notre Dieu, aux siècles des siècles ! Amen.

Il est important d’avoir l’intelligence de la scène, de comprendre le dessein de Dieu car les tableaux qui viennent, dès l’ouverture du Septième Sceau, sont très forts, très violents, et annonciateurs de grandes douleurs. Il fallait que Jean, et son lecteur après lui, discernent la fin dernière, l’accomplissement ; et c’est ainsi que la vision est décryptée. Jean a l’attention redoublée par la question qui lui est posée, et à laquelle il n’ose répondre lui-même. C’est un des "anciens" qui la pose, car la question touche des humains…

13 Alors, l'un des anciens me demanda : Ceux-ci, vêtus de longues robes blanches, qui sont-ils et d'où viennent-ils ? 14 Et je lui dis : Mon seigneur, c’est toi qui le sais. Et il me dit : Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation. Ils ont lavé leur robe, ils l’ont blanchie dans le sang de l'Agneau. 15 C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple. Celui qui est assis sur le trône dressera sa tente sur eux. 16 Ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif et le soleil ne les frappera plus, ni aucune chaleur. 17 Car l'Agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux fontaines des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.

Jean va recevoir la vision de cette période qui s’ouvrira à l’ouverture du septième sceau, en sachant que des âmes en grand nombre, de toutes les nations, s’attacheront au Seigneur, reconnaissant avant toutes autres choses la valeur de son sacrifice à la croix. La foi qu’ils manifesteront, leur fidélité, en conduira au martyre, et ils rejoindront les premiers martyrs, ceux qui attendent (6:11).
 
Ce qu’en dit l’Ancien, apportant la réponse à la question qu’il a lui-même posée, est de toute beauté. Il fournit le tableau de leur félicité, la part de tous les rachetés, dont il sera question à la fin du livre (21:4). Plusieurs perdront la vie pour leur foi, ils vont souffrir de la soif, connaître la brûlure ardente de la persécution (Esaïe 25:8, 49:10), mais ils seront recueillis dans la paix et la félicité, conduits par l’Agneau de Dieu. Il n’y aura plus de larmes…
 
Tel est le propos de Dieu – qui veut que tous les hommes y aient part (1 Timothée 2:4) – que les hommes soient rassemblés autour de Lui pour connaître la félicité éternelle, selon des expressions caractéristiques de la Première Alliance (Lévitique 26.11-12) sublimées dans la Nouvelle (Ezéchiel 37:27), exprimée dans la Jérusalem céleste : "La demeure de Dieu est avec les hommes ! Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux, leur Dieu" (21:3).


 

Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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06:00 Écrit par Eric dans 07:01 Les 144.000 et les martyrs

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